Agences de reclassement : les charognards des plans sociaux

Publié le par Le Torchon Rouge

Congé de reclassement : en ces temps de crise, le terme semble, bel et bien, être le dernier mot à la mode. Probablement, Elle ou le FigMag en ont fait, dans leurs colonnes, l’un des mots « fashion-tendance » du moment. Et, il est vrai que les journalistes manient dans leurs articles, presque avec délectation, ces nouveaux mots tout droit sortis de dossiers de presse sur papier glacé, symboles selon eux d’une société qui évolue et s’adapte.

Mais les choses ne sont plus tout à fait les mêmes, lorsqu’un jour sans crier gare, un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE, pour le jargon : j’aime d’ailleurs ce doux euphémisme) frappe directement à votre porte. Là, et seulement là, indemnités de licenciement et autres congés de reclassement ne sont plus des mots stigmatisant une société mais des mots qui vous bousculent professionnellement et personnellement. Ils changent votre vie et peuvent aussi vous mettre à terre. Ils signifient perte d’emploi, chômage, galère, déprime pour certains.

A fortiori pour un journaliste dans une presse, elle aussi, en crise. Je l’ai vécu.

A nouvelle société, nouveaux métiers, donc. Ici et là, les entreprises ferment, délocalisent et licencient à tour de bras. De-ci de-là, des agences de reclassement, avec leur armada de conseillers en tout genre fleurissent proportionnellement au nombre de chômeurs, spécialistes du coaching pour les tout nouveaux futurs reclassés.

Ils vous reçoivent dans des bureaux flambant neuf pour, disent-ils, vous aider dans votre projet. Ils vous proposent bilans de compétences (sur 3 mois minimum) et formations, vous aident à rédiger vos CV et lettres de motivation, à comment créer votre entreprise ou vous réorienter professionnellement.

Parfois ils vous conseillent même de changer de look (il y a d’ailleurs là, économiquement parlant, un vrai nouveau secteur d’activité sans doute en pleine expansion, une véritable filière !)

Oui, oui, tout ça semble merveilleux et stimulant… du moins, sur le papier.

Mais dans « la vraie vie », le monde du congé de reclassement n’est ni plus ni moins qu’une sorte de « super superviseur », une sous -ANPE aux mains d’intérêts privés et rémunérée (pour quel montant ?) par l’ex-employeur...

Selon votre « projet personnel », comme ils disent, l’agence de reclassement vous attribue un conseiller spécialisé et toujours aimable, qui suivra votre dossier. Je dis dossier, car il s’agit bien d’un dossier. A chaque entretien, le futur reclassé (le croit-il) expose, point par point, ses démarches : rendez-vous pris, papier dûment rempli et signé, formation demandée… Scrupuleusement, le conseiller prend note, récupère les travaux effectués et complète le dossier.

Parfois, le conseiller félicite le reclassé. C’est sympathique, merci. Mais presque humiliant (on se croirait, c’est dire, revenu à l’école maternelle).

Lorsque le reclassé a une question : le conseiller en prend acte. Et, pour être sûr de vous donner l’information la plus précise, affirme-t-il, il vous assure qu’il vous répondra plus tard. Bien plus tard. Sinon jamais. Sauf si le reclassé peut être rentable.
A la fin de l’entretien, le conseiller conseille, logique, de travailler maintenant à l’élaboration de tel ou tel document. Avant de revenir le voir.

On peut comprendre que les conseillers des agences de reclassement ne peuvent pas
travailler un projet à votre place. Mais beaucoup d’entre nous pensaient qu’ils seraient plus avisés sur les formations existantes (car c’est à vous de les trouver et de les motiver), sur les aides financières possibles, sur les nouvelles législations, sur les personnes et organismes ressources à contacter en cohérence avec votre projet, etc.

Rien de tout ça. Les résultats sont là : vraiment rien.

Mais sont-ils vraiment au fait, ces super-coachs, des droits des salariés au chômage ?
Après le traumatisme d’un PSE (car même si le départ est volontaire, un licenciement reste une épreuve), tout homme/femme a besoin d’être aidé, orienté, motivé. Et naïvement, beaucoup pensent que ces agences-là pourraient leur apporter cela. Malheureusement pour les reclassés, ce n’est, trop souvent, pas le cas.

C’est à se poser la question de leur utilité.

 Une salariée "reclassée" suite à un plan social dans la presse pour Le Torchon Rouge

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