Propagande : L’aveu de Dominique Baudis. (2)
Le Torchon Rouge laisse la parole à Olivier Azam, co-réalisateur avec Daniel Mermet de « Chomsky et Compagnie »*. Il revient sur la campagne européenne où le dernier des « comte[s] de Toulouse », Dominique Baudis, dans sa quête de l’Union, comptait bien se servir d’armes médiatiques. Deuxième partie.
UNE BREVE HISTOIRE DE LA T.N.T.
En matière d’audiovisuel, la mémoire est aussi courte qu’en politique. Les deux chaînes que Dominique Baudis n’ose pas nommer et qui ont effectivement rendues leur licence T.N.T. sont Canal J et AB1, toutes deux ont « jeté l’éponge » par défaut de financement et de rentabilité.
Alors permettez-moi de vous rafraîchir la mémoire :
orsque l’idée de la T.N.T. vint tardivement au gouvernement de la « gauche plurielle », le C.S.A., alors présidé par Dominique Baudis, ne trouvait pas l’idée si bonne. Ça ne plaisait pas non plus à TF1 qui semblait craindre une potentielle perte de terrain et de marchés publicitaires. Donnée en cadeau à Bouygues sous le régime mitterrandien, TF1 était toujours une bonne affaire et un bon outil de propagande pour la droite, alors pourquoi changer une situation « gagnant-gagnant » ? Tout ce petit monde traînait des pieds dans la connivence.
En 2005, ne pouvait plus reculer, le C.S.A. de Dominique Baudis s’exécutait finalement et attribuait les précieuses fréquences de la T.N.T. Solution magique, déjà techniquement dépassée, mais qui était désormais célébrée comme « la télévision de demain ». Et parmi ce choix à nouveau verrouillé par le complexe politico-industriel (quelques copains), le C.S.A. avait fait celui de (bien) servir le groupe marchand d’armes Lagardère qui disposait ainsi de deux chaînes. Le C.S.A. avait bon dos de jouer une fable pluraliste, frustrant le groupe Bouygues-TF1, pour de « nouveaux entrants » du même acabit.
Parmi les lauréats, on voyait ainsi apparaître Gulliver, co-éditée avec France télévision pour les enfants pauvres (chaîne gratuite) et Canal J pour les enfants moins pauvres (chaîne payante), "parce qu’il n’y a pas de raison que seuls les enfants de riches aient droit à une telle chaîne" avait même commenté un sage du C.S.A. (2). Puis, après différentes tractations, retraits, et autres petits arrangements, en 2006, le C.S.A. avait retenu la candidature du groupe AB pour sa chaîne AB1.
Parmi les principaux critères d’attribution venait en tête de liste la crédibilité du plan de financement de ces chaînes, leur viabilité… Deux ans après, il ne serait pas exagéré de constater (au moins) l’incompétence des longues analyses effectuées par Dominique Baudis et ses collaborateurs du C.S.A., tous de grand professionnels de la profession. Du propre aveu de leurs propriétaires respectifs, qui n’étaient pas à une chaîne de télé près, Canal J et AB1 n’étaient finalement pas viables.
Les autres critères d’attribution de la T.N.T. par le C.S.A. étaient essentiellement commandés par une garantie de contenu qui assurerait la grande tranquillité des classes dirigeantes pour les années à venir.
*http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=1471
Olivier Azam pour Le Torchon Rouge