POURQUOI L'AFP DOIT CONSERVER SON STATUT (2)
Les risques du projet Louette
Aujourd'hui le «statut de la liberté» est menacé par un projet, bien avancé dans sa rédaction et mené par l'actuel PDG, Pierre Louette, ancien du cabinet Balladur.
Ce projet prévoit, sous sa forme juridique, la transformation de l'AFP en société anonyme à capitaux publics qui, sans aucun doute, est une étape intermédiaire dans le processus de privatisation (voir les précédents comme France télécom ou la Poste aujourd'hui) et une véritable «atomisation» rédactionnelle de l'AFP et du métier d'agencier tel que nous le connaissons.
Une agence de presse généraliste se doit d'offrir un éventail d'information qui ne doit pas être soumis nécessairement à une rentabilité immédiate.
L'information «vendeuse» et rentable de suite tel le «people» ne doit pas prendre le pas ni occulter le reste. Un coup d'Etat au Honduras doit être couvert autant qu'une élection cantonale partielle en France.
L'actuel PDG souligne que le changement de statut est nécessaire au nom de son développement. Le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, qualifie de «nécessité» la modernisation de l'AFP.
Le pouvoir actuel lie la «nécessaire» modernisation à la transformation de son statut d'indépendance.
Pourtant depuis sa création et sous son statut, l'agence n'a cessé d'évoluer et de se développer : création du service photo international en 1975 (aujourd'hui l'un des plus rentables), création des services vidéo, multimédia, infographie, création de filiales, participation, partenariat avec d'autres agences, etc.
La contribution de l'Etat au budget de l'AFP est passée de 80% à moins de 40% aujourd'hui, démontrant que l'AFP a su s'adapter et que le statut n'a jamais été en rien un frein à son développement.
Dans une tribune parue dans le quotidien le Monde, le 30 septembre 2009, Claude Moisy, journaliste 35 ans durant à l'AFP puis PDG de 1990 à 1993, affirme : «L'AFP ne pourra résister au changement de statut qu'on lui prépare», ajoutant «Sans connaître les intentions des responsables du dossier, je veux leur dire ma conviction que l'introduction d'intérêts particuliers condamnerait l'agence à la disparition plus ou moins rapide. Il est impensable qu'aucun homme d'affaires, aucune société, aucune autre institution que l'Etat lui-même mette longtemps de l'argent dans une entreprise structurellement déficitaire sans attendre finalement un retour sur son investissement. Si une telle "ouverture" était pratiquée elle entraînerait un jour des restructurations, des réductions, des réorientations qui changeraient radicalement la nature de l'entreprise au point de lui faire perdre son caractère global.»