POUR UN « LIVRE NOIR DE LA PIGE »
En 2008, sur un total de 37 301 journalistes, 6860 étaient des pigistes titulaires de la carte d’identité professionnelle, soit 18,40 %. Mais parmi les 2109 journalistes qui ont fait une première demande de carte de presse au cours de cette même année, ils étaient 843 pigistes, soit près de 40 %.
Près d’un journaliste français sur cinq est donc pigiste, par obligation souvent, et non par par choix. Et encore, ces chiffres, par définition, ne prennent pas en compte les pigistes qui, pour une raison ou une autre, n’ont pas obtenu cette fameuse carte qui s’apparente de plus en plus à un sésame professionnel.

Le quotidien des pigistes, c’est cela :
- Revenus inférieurs au SMIC (la Commission délivre la carte d’identité aux journalistes qui déclarent gagner la moitié du SMIC).
- Barèmes inexistants ou fixés à la tête du client (et aujourd’hui revus à la baisse), concurrence effrénée, retards ou refus de paiements.
- Soumission absolue aux exigences de l’employeur, travail demandé sans bon de commande, parfois jamais publié, treizième mois et congés payés inclus dans le tarif de pige annoncé.
- Refus de maintenir le salaire pendant la maladie et absence de protection sociale digne de ce nom.
- Pas de tickets restaurant, refus d’accès aux œuvres sociales du comité d’entreprise.
- Refus de reconnaître l’ancienneté, de payer les droits d’auteur en cas de réutilisation sur internet, d’accorder l’accès à la formation continue.
- Mépris de plus en plus affiché par certaines directions de rédaction, refus d’inscription comme électeur et éligible pour les élections aux institutions représentatives du personnel.
Qu’ils soient rédacteurs dans la presse écrite, à la radio ou à la télévision, reporters dessinateurs, secrétaires de rédaction, rédacteurs graphistes, reporters photographes ou journalistes reporters d’images, tous partagent le même sort.
Le pigiste français s’est vu reconnaître les mêmes droits sociaux que les permanents depuis le vote de la loi du 4 juillet 1974, dite loi Cressard.
Depuis trente quatre ans, les patrons des médias sont en contravention avec cette loi.
Le SNJ-CGT veut faire changer les choses. Il faut imposer le respect de la loi à un patronat qui se complait dans l’illégalité.
Le SNJ-CGT se déclare prêt à épauler ceux qui veulent éradiquer la précarité des rédactions et à faire appliquer les règles légales et conventionnelles, mais aussi à entreprendre toutes les actions juridiques nécessaires, avec ceux qui seront d’accord avec la démarche, pour faire cesser cette véritable ségrégation sociale dont souffrent les pigistes.
Le groupe de travail pigistes du SNJ-CGT fait un appel à tous pour recueillir le maximum de témoignages et de données chiffrées pour les publier sous forme de « Livre noir de la pige ».